Et jouer à pile ou face avec sa vie. Parce qu'on ne sait pas vraiment qu'on est vivant, la conscience de cette existence est impitoyable : elle brise, elle griffe, elle mord, elle nous gèle de l'intérieur. Autrefois, il était de ces jours, à des instants comme des autres où je me rendais réellement compte de cette effrayante réalité. J'existe, oui, dans ce sens où tout n'est pas à prendre à la légère. Je ne suis pas un personnage de roman, je laisserai une trace sur les gens que je croise, ils pensent et mon image se grave dans leur crâne comme sur une pierre tombale. Parce que vivre c'est mourir. Une seule existence, où tout se joue à chaque minute et les fébriles secondes courent autour de nous et s'impriment dans un grand livre sans que jamais on ne puisse les réctifier ni même, d'une certaine manière, les relire. Je suis, et cela m'horrifie. L'importance de l'existence et de nos choix, même les moindres qui impliquent tant de choses au final et qui nous déterminent. J'ai peur car je ne suis pas immortelle ni fictive, car quoi que je fasse, ce sera consigné. Car être c'est avant tout se pyrograver à la surface du temps. Et je souffre de cette peur, de tant d'angoisse qui finalement est bien normale puisqu'on n'est que des être réels.
C'est la réalité, la palpabilité de la vie qu'il ne faut pas comprendre pour être heureux. Dès que cette pensée m'effleure elle me transie. J'aurais aimé en rester à ces instants fragiles où l'on comprend mais que d'un revers de main, de pensée on peut étouffer et enterrer provisoirement. Mais quand elle est partie il m'a bien fallu comprendre. En entendant parler ces gens j'ai saisi toute la dimension de la vie et depuis je ne peux m'en détacher. J'aurais préféré me moquer de tout et j'essayais. Depuis cela me semble impossible et le moindre de mes gestes, de mes actes, de mes songes m'écorche l'âme. J'ai si froid en dedans, je suis morte de vivre réellement.
Vous ne saisissez pas ? Alors ne cherchez pas à comprendre. Vous ignorez votre chance.